Partager l'article ! homélie de la nuit de Noël: Frères et sœurs, comme la Résurrection du Christ, vainqueur de la mort, dans ...
Frères et sœurs, comme la Résurrection du Christ, vainqueur de la mort, dans la nuit de Pâques, la Naissance du Fils de Dieu, dans la nuit de Noël, échappe aux grandes mises en scène, dont est si friand notre monde. Pour ces deux événements fondateurs de l’humanité nouvelle, Dieu a choisi la discrétion : des lieux méconnus et discrets ; pas de témoins, ou si peu ; pas de discours ni de grandes déclarations. La lumière naît en ce monde, elle transforme ce monde, sans faire de bruit. Il fait nuit, mais « cette nuit n’est pas comme les autres nuits. Les étoiles luisent dans le ciel ; elles scintillent dans nos yeux d’enfants, elles illuminent notre cœur d’une joie indicible ». Aujourd’hui il nous est né un Sauveur. Aujourd’hui Dieu vient chez nous, il vient à nous. Quand Dieu vient à nous, c’est de nuit !
Cette intuition, que Saint Jean de la Croix ne cesse de répéter, tout au long de son cantique spirituel, trouve sa source dans le mystère de l’Incarnation, que nous célébrons justement en cette nuit de Noël. Lorsque Dieu vient, c’est de nuit! Tout est nuit, au sens propre du terme, comme dans l’Evangile que nous venons d’entendre, mais aussi au sens spirituel du mot, comme nous le dit le prophète Isaïe ; lui qui annonçait déjà que « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi »! Ce « pays de l’ombre », cet assombrissement, nous pourrions les comprendre de multiples manières, mais d’abord peut-être par rapport à l’époque où nous vivons. N’avons-nous pas parfois l’impression de vivre dans un temps où les ténèbres s’épaississent autour de nous, une impression qui s’accentue. L’ombre semble gagner peu à peu, envahir ces derniers îlots de liberté et de paix, dont nous aurions tant besoin! Puis il y a aussi cet autre « pays de l’ombre », plus périlleux encore et plus inquiétant, au-dedans même de notre cœur. C’est là que l’usure du temps, la déception et le sentiment d’impuissance, semblent vouloir étouffer ces dernières semences d’espérance, semées jadis en nous. Ce désert-là est bien plus sombre encore, bien plus obscur, bien plus opaque que tous ceux que le monde peut créer, autour de nous, car il nous laisse absolument démunis, dépouillés de tout, infiniment seuls! Et pourtant, c’est bien là, dans ce « pays de l’ombre », dans cette terre inhospitalière et nue, que Dieu a choisi de venir à nous. Nous croyons parfois que des circonstances favorables sont nécessaires, que certaines préparations particulières sont indispensables, pour que Dieu puisse s’approcher de nous. Mais la nuit de Noël nous donne la preuve exactement contraire. Pour venir à nous, Dieu n’a besoin que d’une seule et unique condition : il a besoin de notre pauvreté, de notre nuit.
« Cette nuit n’est pas comme les autres nuits. » Et c’est bien ce qu’ont compris les bergers de Bethléem. C’est parce qu’ils n’en étaient pas dignes, et surtout parce qu’ils le savaient, qu’ils en étaient intimement persuadés, que Dieu les a invités à venir contempler le Fils premier-né de Marie. Nous avons souvent du mal à reconnaître cela, nous avons du mal à confesser notre misère, sinon du bout des lèvres, au début de la messe. Et pourtant c’est la clé unique, si simple, tellement simple que nous n’y pensons même pas, de la rencontre avec Dieu. C’est parce que nous aurons eu la simplicité de reconnaître nos ténèbres, sans chercher à éclairer notre chemin par les fausses lumières qui nous sont offertes, que Dieu viendra à notre rencontre. Oui, Dieu n’a besoin que de notre pauvreté, comme Il n’a eu besoin que de l’humilité de sa servante, de l’humble Marie de Nazareth, pour faire des merveilles telles qu’on en parle encore aujourd’hui et qu’on en parlera encore et toujours.
« Cette nuit n’est pas comme les autres nuits » car l'espérance qui se lève en cette nuit est inébranlable : l'ange proclame l'heureuse nouvelle, cette nouvelle qui porte – dans sa proclamation même – la puissance de changer le cœur de qui la reçoit pour en « faire un peuple ardant à faire le bien ».
Réjouissons-nous en cette nuit sainte. De notre nuit, de notre obscurité, de notre ténèbre, Dieu fait une nuit sainte, nuit étoilée, nuit illuminée, nuit d'un nouvel engendrement. La naissance du Fils premier-né – qui est Sauveur, Messie, Seigneur – nous la célébrons en Eglise grâce au premier-né d’entre les morts qui est le Christ Jésus Ressuscité, notre Seigneur. C’est en lui que se trouve notre véritable naissance, notre naissance à la vie de Dieu. Pour que l'allégresse de cette nuit et de ce jour soit de toujours, laissons Jésus naître jour après jour, au jour le jour, dans notre vie, en cette nuit !
Cristinel-Lucian ANDREİ